Actualités

Chronique VORONEJ « Les allumés du jazz« 

Les musiciens de Renza Bô ont gagné en maturité et en liberté et le son du groupe n’a jamais été aussi homogène. Même si l’on retrouve ça et là un certain goût du dérisoire, l’album reste plus sombre et sérieux que les précédents. Regorgeant d’idées, les compositions de très prolifique Pierre Millet sont des boites à surprises, prenant toujours les directions les plus inattendues au dernier moment. Certainement le meilleur album du quintet, le plus riche et le plus abouti.

——————————————————————————–
Chronique VORONEJ « Culture Jazz« 

Nous n’irons pas par quatre chemins : ce disque est en tous points remarquable ! Inutile de tourner autour du pot (de crème fraîche), ces cinq normands forcent le respect et l’admiration. Il y a quelques années, ils ont commencé leur aventure en adoptant les compositions du trompettiste Dave Douglas (que Pierre Millet et ses copains vénèrent) et, de fil en aiguille, de concerts en disques (quatre au total), de rencontres fructueuses en galères (inévitables), Renza Bô est devenu un vrai groupe avec une identité. Pierre Millet a révélé son talent de compositeur-arrangeur-animateur tout en se fondant dans le collectif. C’est la force de cet ensemble qui sait porter la flamme du jazz libre, vivant, inventif et respectueux des apports du passé. Voronej est le disque de la maturité révélée. Renza Bô n’est plus seulement une brillante jeune formation française (sélectionnée par Jazz Migration [3] !) mais ce quintet joue désormais dans la cour des grands au plus haut niveau. Sur un répertoire toujours captivant, impertinent, audacieux mais accessible, contrasté et chaleureux, les solistes s’expriment avec une grande aisance dans un esprit de liberté qui ne nuit jamais au collectif. C’est pour cela qu’on se gardera bien de vanter les mérites de l’un ou de l’autre. Cet équilibre est assez rare pour être préservé !

Bravo !

. ::TG ::.
——————————————————————————–
Chronique « Les dernières nouvelles du jazz« 

Il y a parfois des petites surprises qui sont des vraies découvertes. le « Petit Label« , label normand un peu confidentiel dont nous parlions à l’occasion de notre chronique de l’album de Gaël Horellou (cf.), ne faillit pas dans son art de dénicher et de nous proposer de vraies pépites. Signe assurément d’une vraie qualité éditoriale.

L’occasion ici d’aller à la découverte d’un formidable quintet jusqu’ici fort peu connu et mené sous la houlette du trompettiste Pierre Millet. Découverte d’un groupe ( au travers un enregistrement studio et un live réalisé en plusieurs lieux) mais aussi et surtout d’une musique foisonnante, fourmillante d’idées et d’une liberté absolue dans ses choix d’écriture. Avec Renza Bô c’est un univers d’une réelle densité musicale qui s’ouvre sur des espaces à multiples facettes, espaces serrés et condensés ou au contraire très ouverts. Naviguant entre un esprit très mutin ou bien empreint de gravité, ce quintet refuse, avec beaucoup d’intelligence et un réel sens de la direction artistique de se laisser enfermer dans un schéma formaté. Signe d’une liberté revendiquée et assumée sans qu’il ne soit un seul instant rogné sur la qualité musicale du propos. Les pièces se succèdent alors en suscitant chaque fois un vrai effet de surprise pour l’auditeur maintenu toujours en éveil. Sur 4D c’est un espace très lent qui se déroule avec une attention particulière à la résonance du son qui circule entre sax, trompette et piano. Idem sur Amour H où les soufflants dessinent l’aire du jeu avec un sens aiguisé de la mise en scène, de la construction et de l’épure. Il y a dans les espaces dessinés par Pierre Millet quelque chose du modal à la Miles Davis. Mais l’on change d’univers sur Gold Victory par exemple où le cri devient Aylerien. De là à passer à un univers circus d’une rue de la Cité du Croissant, il n’y a qu’un pas.

La poésie de Pierre Millet, formidable trompettiste aux pétillances d’une rare intelligence est toujours à l’affût, terriblement exalté et « soulful ». Il y a un peu chez lui un grand bazar dans sa tête et dans l’embouchure de sa trompette qu’il a volé à Dave Douglas, à Don Cherry ou a quelques autres pistons géniaux. Le sax de Yann Letort quant à lui surgit dans des raucités qui font penser à celles d’un Daniel Erdman.

Mais au-delà des seuls soufflants, c’est surtout le vrai son de ce quintet qui émerge comme la vraie révélation de cet album. Un groupe écoutant, réactif et interactif.

Ce jazz là, si peu classable (ou alors il faudrait le ranger dans bien trop de cases à la fois) est un jazz de passage, un jazz magnifiquement ouvert entre tradition et modernité. Une offrande en quelque sorte.

Jean-marc Gelin
——————————————————————————–
Chronique IN VIVO « Citizen Jazz« 

Encore quelque chose de différent avec ce quintet bluffant qui vrombit, rugit dès le démarrage de « Vache », fauve et rock dans le volume sonore : la trompette énervée de Pierre Millet éructe, Yann Letort lui répond en barissant au ténor : on est au cœur de la ménagerie, avec même des voix qui braillent ! Pas vraiment reposant sur ce premier titre, dissonant, changeant en permanence de rythme, le groupe nous conduit aussi sur le terrain des fanfares avec cet humour appuyé de l’univers circassien qui plaisait tant à Fellini. Et pour finir ce premier titre (de plus de neuf minutes), un piano engagé qui martèle (François Chesnel que l’on retrouve, abordant un versant très différent dans cette formation , il sollicite de façon plus énergique le grave du piano, ces orages étant très fréquents.)

Enregistré entre 2009 et 2010 dans divers clubs de jazz à Lyon, le Périscope ou la Clef de voûte , le Crescent à Mâcon, l’Echo du Robec (76) ou au Festival de jazz d’Oloron des Rives et des Notes, Renza Bô donne avec cet In Vivo bien trouvé, un aperçu brillant d’un jazz moderne, décomplexé, capable de toutes les volte-faces : ainsi, le deuxième titre, « Mr K », composition du pianiste, nous prend de revers, avec tendresse.

Des combinaisons de timbres abordées avec sensualité dans « Quelque chose », des unissons assez brefs qui font planer et se pâmer en un crescendo délicat. Même si c’est à cinq que les choses prennent corps, sens et forme, les soufflants mènent le jeu, sachant tirer toutes les nuances, du cuivre le plus feutré au plus éclatant : dans « Soumbryss », Pierre Millet, qui est aussi l’auteur de la plupart des compositions, confirme que la musique évolue constamment – les accalmies sont de courte durée – de climats mystérieux en plus percussifs, en un parcours réfléchi mais assez peu balisé qui suppose donc une écoute attentive et complice. Et cette incandescence du live, cette urgence que l’on ressent comme un frisson dans l’échine, dans de nombreux titres comme « Stomeingue » ou « Daptoukadada ». Sans parler de la course-poursuite ébouriffée du final « Voronej » (ne nous demandez surtout pas ce que signifient ces titres). D’où vient ce groupe dont on n’avait jamais entendu parler ? Voilà bien la preuve que l’on ne roupille pas en province ! Décidément on vit une époque formidable, si pareille expression d’ un jazz « vif » est possible. LA musique que l’on aime a encore de beaux jours devant elle, alors que cinquante ans se sont écoulés depuis un certain enregistrement de Free Jazz…

Comments are closed.